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6 L’Église redécouvre le peuple juif

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« Le demi-siècle écoulé a été témoin d’un immense changement dans les attitudes catholiques envers les juifs et le judaïsme. Nul esprit sérieux ne peut contester qu’on a fait plus de progrès en ce domaine, au cours des cinquante dernières années, que dans les deux mille ans qui ont précédé. »

Rabbin Eric Yoffie[1].

 

Introduction

Au seuil de cette Deuxième Partie, quelques remarques méthodologiques s’imposent. La réflexion qui suit ne pouvait se limiter à un simple inventaire, ou pire, à une sèche nomenclature des « événements » ayant mené l’Église et le judaïsme à nouer un dialogue positif qui n’avait jamais eu lieu depuis le surgissement du christianisme jusqu’au sortir de la Shoah. L’intitulé du sous-titre, « ombres et lumières », témoigne clairement de son approche générale. Le lecteur ne s’étonnera donc pas de trouver, dans les pages qui suivent, tant des motifs d’espoir que des constats inquiétants. Il eût été, certes, plus gratifiant de mettre en exergue les éléments positifs, et en sourdine ceux qui le sont moins. On me l’a abondamment recommandé, sans parvenir à me convaincre de le faire. En effet, le but de ce livre n’est pas de faire le panégyrique du changement considérable du regard que l’Église porte désormais et demande à ses fidèles de porter sur le peuple juif, mais d’en prendre acte loyalement, sans omettre pour autant de démarquer, tout aussi loyalement les insuffisances et les lacunes importantes qui l’affectent ; et ce, non par impatience, mais parce qu’elles pourraient être de nature à compromettre la cohérence de l’ensemble du processus.

C’est pourquoi, dans les chapitres qui suivent, rien ne sera escamoté non seulement des « lumières » indéniables du changement de climat dans la relation entre juifs et chrétiens, mais également des « ombres » inquiétantes qui font encore obstacle au dialogue d’égal à égal qu’attend la partie juive. À tort ou à raison, elle soupçonne toujours l’Église de n’avoir pas renoncé à convaincre les juifs de croire en celui que les chrétiens considèrent comme le Messie annoncé par les prophètes et, de surcroît, comme le Fils de Dieu.

Le paradoxe – inattendu, il faut bien le reconnaître –, c’est qu’en se penchant, avec plus de zèle que jamais, sur le destin des juifs, et surtout, en reprenant enfin officiellement à leur compte la conviction paulinienne que « Dieu n’a pas rejeté le peuple qu’il a discerné par avance » (Rm 11, 2), les plus hautes instances de l’Église et nombre de théologiens commencent à pressentir que le dessein de Dieu sur ce peuple n’est pas celui qu’ils avaient cru comprendre et avaient enseigné aux fidèles durant tant de siècles, à savoir qu’en raison de leur incrédulité, les juifs avaient perdu leur élection qui était échue aux chrétiens, en récompense de leur foi au Christ Jésus.

Inutile d’insister sur le fait que cette nouvelle perception est loin d’être « reçue », au sens théologique et sociologique du terme, et même qu’elle est combattue par de nombreux théologiens catholiques. Il n’empêche : une brèche s’est ouverte dans le roc, jusque-là sans faille, des convictions ecclésiologiques et christologiques presque bimillénaires, générant un malaise qui n’est que trop palpable et dont témoignent plusieurs textes de référence et certaines initiatives ecclésiales de ces deux dernières décennies.

J’ai exposé, dans un précédent ouvrage[2], ce que devrait être, selon moi, la reconsidération du rôle du peuple juif dans le dessein de salut de Dieu. J’y ai démarqué les signes de la déstabilisation théologique consécutive à la Shoah et au tournant théologique de la Déclaration Nostra Ætate 4, rejetée par les apologètes inconditionnels de l’ancienne attitude de l’Église à l’égard des juifs, qui considèrent comme quasi hérétique le « nouveau regard » qu’elle préconise de porter désormais sur ceux que Jean-Paul II a appelés « nos frères aînés ». J’en retrace ici les acquis et les revers.

Les rencontres et le début de l’amitié judéo-chrétienne

Un précédent aussi peu connu que trop tôt disparu : « Amici Israel » (1924-1928)

Si l’on devait résumer succinctement l’attitude officielle de l’Église et de son clergé envers les juifs, à l’aube du xxe siècle, on pourrait dire qu’elle consistait en une attente, plus ou moins impatiente, de leur conversion au christianisme. C’est peu dire que la « question juive » était une « écharde dans sa chair ». En témoignent, pour l’époque considérée ici, les articles qui lui étaient consacrés dans la presse catholique, et les passions qu’elle déclenchait, tant dans le haut clergé – lorsqu’il arrivait à l’un de ses membres de s’exprimer sur ce sujet –, que parmi les intellectuels catholiques qui dissertaient et prenaient position à propos de l’énigme de la survivance de ce peuple et de la contradiction quasi universelle qu’il suscitait, que ce soit pour s’en émerveiller, ou pour en faire des gorges chaudes. Certaines initiatives se faisaient jour pour « hâter l’heure de Dieu ». C’est ainsi qu’au fil des années, on assista à l’éclosion d’un nombre respectable de pieuses associations de prières pour la conversion du peuple juif[3]. L’une d’entre elles est restée célèbre, tant pour la brièveté de sa carrière que pour l’audace – inouïe à l’époque –, de l’attitude positive et gratifiante qu’elle prônait à l’égard du peuple juif. Bien qu’ils l’aient initialement conçue dans l’esprit des associations évoquées, ses fondateurs et zélateurs en vinrent rapidement à prendre conscience de la dureté de jugement et de l’intolérance dont la chrétienté avait fait preuve envers les juifs, au fil des siècles. Ce dessillement du regard amena ses fondateurs à une réflexion positive sur la place du peuple juif dans le dessein de salut de Dieu, dans l’esprit et avant la lettre de « l’enseignement de l’estime ».

Dénommée Opus sacerdotale Amici Israel, cette pieuse association de prêtres, dont les membres se vouaient à la prière pour les juifs et à l’apostolat en vue de leur conversion, vit le jour à Rome le 24 février 1926. Cette initiative n’aurait probablement jamais retenu l’attention des chercheurs si elle n’avait été abolie, de manière abrupte, dès 1928, soit deux années seulement après sa fondation officielle, et ce malgré le nombre et la qualité de ses adhérents, au rang desquels figuraient de nombreux membres de la hiérarchie ecclésiastique. Je ne traiterai pas ici des circonstances ni des raisons de la suppression brutale d’Amici, mais, pour la clarté de l’analyse, il me paraît utile d’énumérer les principes préconisés par le mouvement. En effet, le « nouveau regard » avant la lettre (et tout à fait révolutionnaire pour l’époque), qu’il portait sur le peuple juif, annonçait, plus de vingt ans à l’avance, « l’enseignement de l’estime », dont Jules Isaac fut l’un des pionniers, et qui a trouvé sa première expression dans les « Dix points de Seelisberg » avant de devenir la norme dans l’Église d’aujourd’hui. Les douze points suivants constituaient la charte du rapport chrétien avec les juifs, que les Amici rêvaient d’acclimater en chrétienté :

Que l’on s’abstienne de parler du peuple déicide ; de la cité déicide ; de la conversion des juifs – que l’on dise plutôt « retour », ou « passage » ; [que l’on s’abstienne de parler] de l’inconvertibilité du peuple juif ; des choses incroyables que l’on raconte à propos des juifs, spécialement « le crime rituel » ; de parler sans respect de leurs cérémonies ; d’exagérer ou de généraliser un cas particulier ; de s’exprimer en termes antisémites. Mais que l’on souligne la prérogative de l’amour divin dont bénéficie Israël ; le signe sublime de cet amour dans l’incarnation du Christ et sa mission ; la permanence de cet amour, mieux : son augmentation du fait de la mort du Christ ; le témoignage, la preuve de cet amour, dans la conduite des Apôtres.

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer la suppression prématurée de cette pieuse association ; ce n’est pas le lieu de les examiner en détail. Un spécialiste de l’histoire de l’Église contemporaine, estime que l’association « fut dissoute […] pour avoir osé demander que l’on modifie la prière du Vendredi Saint en supprimant l’épithète offensante « pro perfidis Iudaeis« , et en réintroduisant l’obligation de la génuflexion, supprimée au début du Moyen-Âge »[4]. En fait, cette initiative fut le fait du fondateur de l’association Amici Israel, le P. Van Asseldonk, un religieux flamand qui exerçait une importante fonction au sein de l’ordre des Croisiers. J’incline à penser que ce sont surtout sa dédication excessive à son œuvre – considérée par ses supérieurs comme préjudiciable aux affaires de son ordre –, ainsi que son comportement imprévisible, voire incontrôlable, et souvent excessif, qui ont amené les autorités ecclésiastiques à supprimer l’objet même de sa « passion dévorante », l’association des Amici Israel, qui leur apparaissait comme la cause de l’attitude de leur religieux, jugée désordonnée et incompatible avec sa position au sein de l’ordre[5].

Mais il faut également tenir compte de l’existence, au sein de la curie romaine, d’une opposition puissante à l’esprit et aux agissements des Amici Israel. J’ai, en son lieu, évoqué le signalement fait au Saint-Office par la Congrégation des Rites, à laquelle le pieux, mais peu prudent, fondateur de l’association des Amici Israel avait soumis la suggestion que soit supprimée la mention « juifs perfides », de la prière du Vendredi Saint[6]. Il semble bien que cette démarche, considérée comme « contraire à l’esprit de nombreux Pères de l’Église et à celui de la liturgie de l’époque »[7] ait scellé le sort de l’association. Il reste que la réflexion suivante, déshonore son auteur, le cardinal Merry del Val, alors secrétaire du Saint-Office :

Je n’aimerais pas que les « Amis d’Israël » tombent dans un piège tendu par ces mêmes juifs qui s’insinuent partout dans la société moderne et essaient, par tous les moyens, d’effacer le souvenir de leur propre histoire et d’exploiter la confiance des chrétiens[8].

Il ne fait guère de doute que cet état d’esprit était bien ancré dans la mentalité ecclésiastique de l’époque. En témoigne ce que disait, en janvier 1919, au Secrétaire d’État Pietro Gaspari, le futur pape Pie XI, Mgr Achille Ratti, alors délégué apostolique à Varsovie :

L’une des influences les plus fortes et les plus néfastes que l’on perçoit ici [en Pologne], peut-être la plus puissante et la plus pernicieuse, est celle des juifs[9].

Plusieurs auteurs estiment que l’issue malheureuse de l’expérience pionnière des Amici illustre l’antijudaïsme foncier de l’Église d’alors[10]. Cette opinion ne paraît pas tenable. En effet, on ne voit pas pourquoi l’autorité ecclésiastique se serait infligé le ridicule d’approuver, pour l’abolir ensuite sans raison majeure apparente, une œuvre qu’elle-même avait cautionnée, désavouant ainsi indirectement la vingtaine de cardinaux et les centaines de prélats qui en faisaient partie. En outre, rien n’obligeait l’Église à formuler, dans le corps même du décret de suppression d’Amici Israel[11], cette condamnation, aussi pionnière que catégorique, de l’antisémitisme :

Parce qu’il réprouve toutes les haines et animosités entre les peuples, [le Siège apostolique] condamne au plus haut point la haine contre le peuple, jadis choisi par Dieu, cette haine qu’aujourd’hui on a coutume de désigner sous le nom d’antisémi­tisme.

Sans aller, comme certains, jusqu’à voir dans ce texte une preuve indirecte de l’existence, au sein de la haute hiérarchie catholique d’alors, d’une attitude beaucoup plus positive à l’égard des juifs qu’on ne l’a cru jusqu’ici, on peut penser qu’il traduit au moins le malaise profond d’une partie de l’institution face aux propos dégradants pour les juifs, auxquels se laissaient aller certains de ses membres, et une volonté d’y réagir en leur assignant des limites. En témoigne cette exclamation du cardinal van Rossum, lui-même membre d’Amici Israel :

Nous avons tant à nous reprocher en ce qui concerne les juifs ![12]

 

La rencontre du Savoy Hotel (1943)

Ce n’était pas la première fois que des chrétiens et des juifs se réunissaient dans le but de parvenir à une meilleure compréhension mutuelle[13]. Dès les années de guerre, à Londres, en plein « Blitz », un petit groupe de six personnes, juifs et chrétiens anglais et américains, dînent ensemble à l’hôtel Savoy, à l’invitation de Sir Robert Waley-Cohen, l’un des leaders laïcs les plus en vue de la Communauté juive anglo-saxonne, et trésorier du « Conseil britannique de chrétiens et de juifs » (British Council of Christians and Jews). Ce Conseil avait été constitué tout récemment. Il était issu de la coopération entre chrétiens et juifs dans la prise en charge des victimes de la persécution nazie, qui avaient trouvé refuge en Grande-Bretagne. Il était animé d’un profond et brûlant souci, suite aux premiers rapports sur l’extermination nazie, et il puisait son inspiration chez ses dirigeants : l’archevêque anglican William Temple(105), le cardinal Hinsley, archevêque de Westminster, le Révérend Docteur James Parkes, le Grand Rabbin d’alors, le Dr H.J. Hertz, et d’autres leaders membres de la Communauté juive britannique, incluant Sir Robert Waley-Cohen lui-même. Le secrétaire général du Conseil britannique de chrétiens et de juifs était le Révérend W.W. Simpson, un protestant Méthodiste qui, depuis l’époque de ses études, au milieu des années 1920, s’était inté­ressé activement aux juifs et au judaïsme et qui, depuis sa nomination, en 1938, comme secrétaire du Conseil Chrétien pour les Réfugiés de l’Allemagne Nazie (Christian Council for Refugees from Nazi Germany), travaillait en coopération quotidienne étroite avec la Communauté juive.

Aussi surprenant que cela puisse paraître rétrospectivement, les buts du Conseil étaient formulés sans aucune référence spécifique à l’antisémitisme. Et ce, du fait que – comme le soulignait l’archevêque William Temple, lors de la première réunion –, l’antisémitisme, si mauvais qu’il soit de toute évidence, n’est pas le mal ultime. Il est plutôt le symptôme de désordres plus profonds de la société humaine, à la dénonciation et à l’éradication desquels, affirmait l’archevêque, juifs et chrétiens avaient une grande contribution à apporter, en vertu des idéaux et des principes qui leur étaient communs. Selon lui, le but ultime devait être de combattre, non seulement l’antisémitisme, mais toutes les formes de préjugés raciaux et religieux. Mais, avant tout, insistait-il, il devait y avoir une compréhension et un respect mutuels entre les juifs et les chrétiens eux-mêmes.

Pour mettre en œuvre ce type d’étude et créer de telles méthodes d’éducation, la Conférence nationale des chrétiens et des juifs, dont le programme s’étendait sans cesse, avait déjà constitué des centres dans tous les États-Unis.

La Conférence d’Oxford (1946)

Dans la correspondance qui suivit le retour des Américains dans leur pays, fut d’abord proposée la tenue, aussi prochaine que possible, après la Guerre, d’une Conférence internationale des chrétiens et des juifs. On choisit Oxford comme centre de cette Conférence, et c’est au cours de cette dernière que se fit jour, pour la première fois, la proposition de constituer un Conseil International de chrétiens et de juifs. Un Comité chargé du suivi de ce projet fut nommé pour le mettre en œuvre.

La Conférence elle-même, la première du genre, fut une des étapes les plus marquantes dans le développement du dialogue judéo-chrétien. Son thème, « Liberté, justice et responsabilité », fut choisi avec soin. Voici de quelle manière était formulé son but, dans une lettre que l’archevêque de Cantorbéry (qui était alors le Dr Geoffrey Fisher) écrivait au Times, le 25 juin 1946 :

[…] examiner le rôle que peuvent jouer, dans la pratique, les chrétiens et les juifs en éduquant tant eux-mêmes que leurs compatriotes à l’exercice d’une citoyenneté responsable, dans une société basée sur le respect mutuel, la liberté et la justice.

Tout cela, bien sûr, avec, en toile de fond, les horreurs de la Shoah et la désastreuse tragédie générale de la Seconde Guerre mondiale. C’est ce contexte qu’avaient rappelé aux participants, de manière extrêmement vivace, les orateurs d’une rencontre publique qui rassemblait une foule nombreuse, à la veille de l’ouverture de la Conférence. Parmi eux se trouvaient l’archevêque lui-même, le professeur Reinhold Niebuhr, qui parla de la « bonté potentielle de l’individu, et de la cruauté de la collectivité humaine », ainsi que Lord (Rav) Butler, Lord Reading et le Rabbin Docteur Léo Baeck, qui, alors qu’il portait encore les stigmates des souffrances subies dans le camp de concentration de Theresienstadt, fit un appel à la tolérance et à la compréhension, que nul de ceux qui l’entendirent ne pourra jamais oublier. Les participants, au nombre de cent cinquante, venaient de diverses parties du globe.

Le Comité directeur de la Conférence prit deux importantes décisions : la première, de « réunir, dans les délais les plus brefs, une Conférence extraordinaire [an emergency Conference] qui traiterait, de manière spécifique, du problème de l’antisémitisme en Europe » ; la seconde, de constituer un Comité de suivi, chargé du projet de création d’un « Conseil International de chrétiens et de juifs ».

Ainsi était posé le cadre de tout ce qui devait suivre : l’explication des principes fondamentaux du judaïsme et du christianisme et leur pertinence par rapport à l’ordre social, la traduction de ces principes en programmes d’action, et le développement des instruments permettant de mettre en œuvre ces programmes.


La Conférence de Seelisberg (1947)

Un an après la Conférence d’Oxford, toujours sous les auspices des organisations américaines et britanniques susmentionnées, se tint une seconde conférence internationale, cette fois à Seelisberg, en Suisse. Défini – on l’a vu plus haut – comme « an emergency Conference », ce second rassemblement de chrétiens et de juifs passa des discussions couvrant toute une gamme de sujets, qui avaient eu lieu à Oxford en 1946, au problème particulier de l’antisémitisme. C’était, dans une large mesure, un rassemblement d’experts. Mais, au regard de l’histoire, la personnalité la plus remarquable de la Conférence de Seelisberg restera Jules Isaac, dont l’étude sur les racines chrétiennes de l’antisémitisme, intitulée Jésus et Israël, était sur le point d’être publiée, et dont on peut raisonnablement penser que les entretiens qu’il eut ultérieurement avec Pie XII, et surtout avec Jean XXIII – auxquels il remit un dossier plaidant pour des modifications positives dans l’enseignement chrétien concernant les juifs –, eurent une influence sur les changements majeurs qui se produisirent ensuite en ce domaine, jusqu’à trouver leur expression officielle dans la Déclaration Nostra Ætate, § 4.

On doit au père Démann, qui fut l’un des participants de cette Conférence, le bref résumé suivant de l’activité de la « Commission des Églises ».

Les propositions de Jules Isaac, qui étaient, en fait, les conclusions de son Jésus et Israël, déjà terminé mais pas encore paru, s’imposaient évidemment comme point de départ des discussions de la « Commission des Églises ». Les points les plus délicats de ces débats tenaient moins aux relations entre juifs et chrétiens qu’à la difficulté, pour les catholiques, de trouver des formulations acceptables pour Rome (à l’époque !) et, pour les protestants, de trouver des formules acceptables pour tous, entre eux […]
Mais, en fait, pour être notre « parrain » et porte-parole à Rome (surtout après la Conférence), nous comptions surtout sur Jacques Maritain, à cette époque ambassadeur de France auprès du Saint-Siège et, par ailleurs, bien connu des Américains, ayant passé la période de guerre aux États-Unis. Ce « parrainage » se concrétisa d’ailleurs dans la lettre adressée par Jacques Maritain à la Conférence et qui allait figurer en tête de la brochure résumant les Actes de la Conférence[14].

Les « Dix points de Seelisberg » – à savoir les propositions largement inspirées de celles de Jules Isaac (au nombre de dix-huit) qui figurent à la fin de son ouvrage, Jésus et Israël, paru en 1948 (pp. 575-578) –, ont exercé une influence considérable. Très diffusées au cours des années suivantes et constamment reproduites depuis dans divers ouvrages et brochures, elles sont devenues si classiques qu’on a aujourd’hui l’impression qu’elles vont de soi et qu’elles ont toujours fait partie du patrimoine spirituel du christianisme – ce qui est loin d’être le cas. En voici le texte :

1. Rappeler que c’est le même Dieu vivant qui nous parle à tous, dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau Testament.

2. Rappeler que Jésus est né d’une mère juive, de la race de David et du peuple d’Israël, et que son pardon embrasse son propre peuple et le monde entier.

3. Rappeler que les premiers disciples, les Apôtres et les premiers martyrs étaient juifs.

4. Rappeler que le précepte fondamental du christianisme, celui de l’amour de Dieu et du prochain, promulgué déjà dans l’Ancien Testament et confirmé par Jésus, oblige chrétiens et juifs dans toutes les relations humaines, sans aucune exception.

5. Éviter de rabaisser le judaïsme biblique dans le but d’exalter le christianisme.

6. Éviter d’user du mot « juifs » au sens exclusif de « ennemis de Jésus », ou de la locution « ennemis de Jésus » pour désigner le peuple juif tout entier.

7. Éviter de présenter la Passion de telle manière que l’odieux de la mise à mort de Jésus retombe sur tous les juifs, ou sur les juifs seuls. En effet, ce ne sont pas tous les juifs qui ont réclamé la mort de Jésus. Ce ne sont pas les juifs seuls qui en sont responsables, car la Croix, qui nous sauve tous, révèle que c’est à cause de nos péchés à tous que le Christ est mort.

Rappeler à tous les parents et éducateurs chrétiens la grave responsabilité qu’ils encourent du fait de présenter l’Évangile et surtout le récit de la Passion d’une manière simpliste. En effet, ils risquent par là d’inspirer, qu’ils le veuillent ou non, de l’aversion dans la conscience ou le subconscient de leurs enfants ou auditeurs.

Psychologiquement parlant, chez des âmes simples, mues par un amour ardent et une vive compassion pour le Sauveur crucifié, l’horreur qu’ils éprouvent tout naturellement envers les persécuteurs de Jésus tournera tout naturellement en haine généralisée des juifs de tous les temps, y compris ceux d’aujourd’hui.

8. Éviter de rapporter les malédictions scripturaires et le cri d’une foule excitée : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants », sans rappeler que ce cri ne saurait prévaloir contre la prière infiniment plus puissante de Jésus : « Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

9. Éviter d’accréditer l’opinion impie que le peuple juif est réprouvé, maudit, réservé pour une destinée de souffrances.

10. Éviter de parler des juifs, comme s’ils n’avaient pas été les premiers à être de l’Église.


En pratique, nous nous permettons de suggérer:

– d’introduire ou de développer, dans l’enseignement scolaire et extra-scolaire à tous les degrés, une étude plus objective et plus approfondie de l’histoire biblique et post-biblique du peuple juif, ainsi que du problème juif;

– de promouvoir, en particulier, la diffusion de ces connaissances par des publications adaptées aux différents milieux chrétiens;

– de veiller à rectifier dans les publications chrétiennes, surtout dans les manuels d’enseignement, tout ce qui s’opposerait aux principes énoncés plus haut.

Pour conclure, on ne saurait sous-estimer l’impact des travaux de la Conférence de Seelisberg sur le changement d’attitude de l’Église à l’égard du peuple juif, qui trouva son expression officielle dans la Déclaration Nostra Ætate, § 4, du concile Vatican II.

Conférence internationale de Fribourg (juillet 1948)

On sait peu de chose de la genèse de cette « Conférence », des noms et qualités de ses participants, de son ordre du jour, et des suites qu’elle a eues[15]. Elle fait pâle figure en regard de la Rencontre de Seelisberg. Pourtant, elle a eu l’immense mérite d’anticiper prophétiquement une prise en compte épiscopale française positive de l’existence de l’État d’Israël, qui ne vit le jour que vingt-cinq ans plus tard[16]. Voici de brefs extraits d’un compte-rendu de cette manifestation[17] :

Les membres chrétiens de la Commission Religieuse y ont fait la déclaration suivante :

« Profondément émus par la guerre qui ensanglante et profane la Terre Sainte, nous désirons ardemment et nous demandons dans nos prières le rétablissement de la paix en Palestine, d’une paix fondée sur la justice, qui tienne compte, dans toute la mesure humainement possible, des aspirations légitimes de toutes les communautés ethniques et religieuses intéressées, et qui permette à tous, juifs, chrétiens et musulmans, de vivre dans la concorde et la compréhension mutuelle.

Sans vouloir aborder les problèmes proprement politiques que pose l’établissement de l’État d’Israël, nous tenons à rappeler à la conscience chrétienne qu’aucune raison théologique certaine, qu’aucun enseignement biblique incontestable, n’imposent aux chrétiens une attitude négative à l’égard d’une restauration d’un État juif en Palestine[18].

Nous plaçant au point de vue de la lutte contre l’antisémitisme, nous saluons avec joie l’espoir qui se lève pour les juifs d’échapper enfin à l’humiliation et aux persécutions. Nous pensons particulièrement à ceux qui subissent encore l’existence tragique des « personnes déplacées » ou la menace imminente de nouvelles violences.

D’un point de vue purement religieux, nous espérons aussi qu’en reprenant racine dans le pays de la Bible, Israël connaîtra une nouvelle vigueur spirituelle et réalisera la plénitude de sa Vocation. »

À cette déclaration des membres chrétiens, les membres juifs de la même Commission ont ainsi répondu :

« Nous prenons connaissance avec une sincère émotion de la déclaration des membres chrétiens de notre Commission. Nous déclarons avec eux que, nous aussi, nous désirons ardemment et demandons dans nos prières une paix juste qui fasse régner en Terre Sainte une concorde fraternelle entre toutes les familles spirituelles. Nous souhaitons avec ferveur que, par l’épanouissement de nos valeurs spirituelles au sein de l’État d’Israël, s’accomplisse la parole biblique : La connaissance de Dieu remplira la terre, comme l’eau abonde au fond des mers [cf. Is 11, 9]. »


Les thèses de Bad Schwalbach (mai 1950)
[19]

En mai 1950, à Bad Schwalbach (Allemagne), un groupe de théologiens protestants et catholiques (dont le pasteur Freudenberg et Karl Thieme) se réunit en vue de préciser les fondements bibliques des Dix points de Seelisberg. Le texte de ceux-ci avait été soumis auparavant à différentes associations judéo-chrétiennes. Les thèses de Schwalbach ont reçu, en juillet 1950, l’approbation de la hiérarchie catholique, en la personne de l’évêque de Fribourg-en-Brisgau. Moins connues que les Points de Seelisberg, qui ont servi de charte aux diverses associations d’Amitié judéo-chrétienne, les thèses de Bad Schwalbach, qui les complètent, sont d’une grande importance, car elles fournissent les bases de la réforme de l’enseignement chrétien, réclamée par la conférence de Seelisberg. On remarquera que ce document contient déjà l’essentiel de ce qui figurera dans les documents officiels postérieurs relatifs au «nouveau regard», que l’Église porterait désormais sur le peuple juif.

1. Un seul et même Dieu parle à tous les hommes dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament. Ce Dieu unique, c’est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, de Moïse et des Prophètes. Si nous chrétiens ne croyons pas en ce Dieu unique, nous adorons un faux dieu, même si nous l’appelons le Père de Jésus-Christ : cela fut déjà l’hérésie de Marcion au 1er siècle.

2. Jésus est né du peuple d’Israël, d’une mère juive, de la race de David. Par lui, le fils de David, l’Oint de Dieu, nous avons part à la rédemption, liée pour Israël à la venue du Messie, et déjà promise à tous les autres peuples dans la bénédiction donnée à Abraham. S’il est sûr, pour notre foi, qu’en la personne de Jésus de Nazareth est venu le Sauveur qui accomplit toute promesse de salut, il n’en reste pas moins certain que nous attendons encore le jour à venir où nous contemplerons la manifestation de cet accomplissement.

3. L’Église(42), fondée par l’Esprit Saint, est composée de juifs et de païens réconciliés dans le Christ et rassemblés pour former le nouveau Peuple de Dieu. Nous ne devons jamais oublier qu’une partie importante de cette Église est formée de juifs, et que les apôtres et les premiers témoins de Jésus étaient des juifs.

4. Le précepte fondamental du christianisme, celui de l’amour de Dieu et du prochain, promulgué déjà dans l’Ancien Testament et confirmé par Jésus-Christ, oblige donc juifs et chrétiens dans toutes les relations humaines sans exception.

5. Parce que le juif, comme le chrétien (Mc 12, 33 sq. ; Rm 13, 8-10), est soumis à la même Loi d’amour sans limites, c’est pécher que de rabaisser orgueilleusement les juifs de l’époque biblique et post-biblique par rapport aux chrétiens, et c’est méconnaître ainsi l’Évangile comme accomplissement de la Loi.

6. Il n’est pas conforme à l’Écriture d’assimiler « les juifs » aux « ennemis de Jésus »; car précisément l’évangéliste Jean auquel cet usage se réfère – même là où il semble les identifier l’un à l’autre, ne désigne pas, en parlant des « juifs », la totalité du peuple juif, même pas à Jérusalem (7, 12 sq.), mais la grande partie des chefs politiques et religieux influents à ce moment-là (7, 48 sq.). C’est pourquoi, en parlant de la Passion, on ne devra pas omettre de rappeler « ces foules » qui pleuraient sur Jésus (Lc 23, 27) et qui, après sa crucifixion, « s’en retournaient en se frappant la poitrine » (Lc 23, 48).

7. Avant tout, il n’est ni biblique, ni chrétien de regarder et de présenter la Passion du Christ, à qui nous devons notre salut, dans une lumière partielle, en l’attribuant à la faute d’hommes déterminés historiquement ou à celle d’un peuple précis. Autant que des hommes peuvent en juger, et en se basant sur les données du Nouveau Testament, on peut distinguer clairement, parmi les contemporains de Jésus, trois attitudes « coupables » à des degrés divers :

a) La conduite de quelques-uns, relativement peu nombreux qui, d’une manière ou d’une autre, ont été impliqués dans la crucifixion, depuis les instigateurs de la mort du Christ, poussés par l’ambition politique ou le fanatisme religieux, jusqu’aux fonctionnaires ou aux disciples qui ont failli par lâcheté.

b) Le comportement de cette multitude qui ne pouvait se résoudre à croire en la Résurrection de Jésus, annoncée par les apôtres et reliée aux preuves scripturaires de sa messianité, et qui se laissait plutôt convaincre par les arguments qui semblaient accuser un condamné à mort de blasphème et de soulèvement du peuple (cf. Ac 17, 11, mais aussi Lc 5, 39 !).

c) La haine d’un assez grand nombre qui poursuivaient et calomniaient les disciples de Jésus (Ac 13, 50 ; 14, 19 ; 17, 5 sq. ; 18, 12 sq.) – il ne faudrait pas oublier cependant que, dès le Moyen-Âge, avec Maimonide, les autorités juives modifient de plus en plus leur attitude et, à l’encontre de leurs prédécesseurs, reconnaissent le païen baptisé comme un adorateur du vrai Dieu. En tout cela, nous chrétiens, nous ne devons jamais oublier que nous nous rendons bien plus coupables si, en dépit des grâces reçues, nous nous livrons au messianisme politique et social et crucifions ainsi, à nouveau, le Seigneur, nécessairement et finalement dans ses membres; nous nous contentons de confesser des lèvres la Révélation de Dieu, au lieu de consentir à l’opprobre de la croix, comme le Seigneur mort et ressuscité pour nous a le droit de l’exiger de notre vie entière; nous devrions plutôt être attentifs aux avertissements et aux promesses qu’il nous a donnés comme signes alors que, entre 1933 et 1945, pour la première fois dans l’histoire, des juifs et des chrétiens furent persécutés ensemble ; nous refusons de respecter le croyant sincère qui ne partage pas notre foi.

8. La signification de la crucifixion du Christ dans l’alliance de Dieu avec Israël est un mystère caché à l’intérieur de la fidélité inébranlable de Dieu pour son Peuple. Et même la partie centrale de l’épître aux Romains (chap. 9-11) ne nous le révèle dans ses traits principaux que par allusion. Comme partout ailleurs dans l’histoire de ce peuple unique, il ne peut être question ici de malédiction, mais bien plutôt d’une bénédiction que Dieu veut accorder finalement à son Peuple, et avec lui, à tous les peuples. Seul – d’après Gn 12, 3 – s’en exclut celui qui par légèreté ou par malice porte atteinte à cette alliance pleine de promesses. Le chrétien se souvient, en outre, de la parole du Christ en croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! » Le cri d’une foule excitée : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » doit être tourné par nous en prière, et exprimer que ce sang sauve finalement ceux pour qui il a été d’abord répandu. Jamais nous ne devrons abuser de ce cri pour présenter l’effusion de sang juif comme une sorte de juste punition, d’autant plus que la chrétienté primitive a vénéré avec une ferveur particulière des martyrs d’origine juive.

9. L’unique passage du Nouveau Testament où, au mot « rejet » appliqué au destin des juifs, est opposée immédiatement « l’assomption » future du peuple de l’ancienne Alliance dans l’Alliance nouvelle et définitive, en Rm 11, 15, doit être la norme d’interprétation de toutes les affirmations néo-testamentaires concernant le rejet. Il n’est pas conforme à la Révélation d’annoncer uniquement l’aspect provisoire du double jugement donné par l’ensemble de la Bible, sans évoquer en même temps, l’autre aspect – définitif – qui le supprimera en le dépassant. Le oui des juifs à Jésus est promis par Dieu comme dernier mot de leur histoire ; et cette promesse est la garantie de son oui aux juifs. Ce doit être aussi le dernier mot de la prédication chrétienne au sujet des juifs.


  1. Rabbi Eric Yoffie, « Advances and Tensions in Catholic-Jewish Relations: A Way Forward » - Joseph Klein Lecture on Judaic Affairs, Assumption College, 23 mars 2000, publié dans la revue Origins 29/44, 20 avril 2000 (au lendemain de la visite historique du pape Jean-Paul II en Terre Sainte).
  2. M. Macina, Chrétiens et juifs depuis Vatican II, op. cit.
  3. Citons, entre autres : la Congrégation de Notre-Dame de Sion, fondée en 1852 ; l’Archiconfrérie de prières pour le retour du peuple d’Israël, fondée en 1905, et sa branche anglo-américaine, la Catholic Guild of Israel. Côté protestant, on dénombrait, à la fin du xixe siècle, au moins une trentaine de sociétés dédiées à la mission auprès des juifs, cf. Rev. W.T. Gidney, The Jews and their Evangelization, London, 1999, p. 91-102 ; etc.
  4. Philippe Chenaux, Pie XII. Diplomate et pasteur, éditions du Cerf, 2003, p. 272. Ce professeur d’histoire de l’Église moderne et contemporaine à l’Université du Latran, parle de « la personnalité quelque peu exaltée du religieux flamand et [de] ses ennuis avec les supérieurs de son ordre » (Ibid., n. 1). Il cite fort à propos ce passage révélateur d’un échange de correspondance entre Van Asseldonk et le futur cardinal Journet : l’idée était « de préparer dans la sainte Église un cœur pour Israël [en italiques dans le texte] – un cœur qui battrait du même amour pour Israël que ce même amour dans le coeur du Christ et du Père lui-même. » (Ibid., n. 2).
  5. J’ai consacré une étude à tenter de cerner la genèse de l’association Amici Israel, son ascension fulgurante et sa disgrâce, aussi subite que rapide ; je me suis efforcé de découvrir les causes plausibles de ce naufrage, en me concentrant surtout sur la personnalité du fondateur, dont je pressentais qu’il était à la fois le responsable et la victime de sa passion dévorante et mystique pour la cause des juifs. Voir Menahem Macina, « Causes de la dissolution d’Amici Israel (1926-1928) », in Juifs et chrétiens : entre ignorance, hostilité et rapprochement (1898-1998), textes rassemblés par A. Becker, D. Delmaire, F. Gugelot, Villeneuve-d’Ascq, 2002, p. 87-110.
  6. Ibid., p. 98.
  7. Voir Anton Ramaekers, « Doctor Anton van Asseldonk, o.s. crucis 1892-1973 », (en néerlandais), Clairlieu, Achel, 1978, p. 27, cité Ibid., p. 98.
  8.  S. Friedländer, Pie XII et le IIIe ReichUn réexamen, p. 289, qui cite Hubert Wolf, Papst & Teufel. Die Archive des Vatikan und das dritte Reich, Munich, Beck, 2008, éd. fr. Le pape et le diable, Pie XII, le Vatican et Hitler : les révélations des archives, trad. de l’allemand par M. Granvez, Paris, CNRS, 2009.
  9. David I. Kertzer, The Popes against the Jews. The Vatican’s Role in the Rise of Modern Antisemitism, Knopf, New York, 2001, p. 220 ; Le Vatican contre les juifs, trad. de l’anglais par B. Arman, Robert Laffont, Paris, 2003, p. 255. Je cite d’après Friedländer, Pie XII et le IIIe Reich… Un réexamen, op. cit., p. 288.
  10. Il est temps que les spécialistes précisent ce qu’ils veulent dire lorsqu’ils utilisent le terme d’antijudaïsme à propos de la manière dont l’Église et les chrétiens perçoivent le peuple juif, ses croyances, sa littérature religieuse, ses coutumes, et son insertion dans la société, et surtout lorsqu’ils en écrivent et en parlent. Dans la majorité des cas, ce que l’on nomme antijudaïsme est le résultat de leurs préjugés et de leur ignorance, plutôt que l’expression d’une hostilité de principe. Ce qui est certain, c’est qu’au fil des siècles, l’inconvertibilité des juifs, leur persévérance dans leur foi et leurs coutumes, et la survivance du groupe humain minuscule qu’ils constituent, et qui semble indestructible, n’ont cessé d’irriter ceux qui croient détenir toute la vérité et qui éprouvent un véritable ressentiment envers ce peuple, irréductible à l’hégémonie confessionnelle chrétienne.
  11. Decretum de consociatione vulgo «Amici Israel» abolenda, in Acta Apostolicae Sedis, vol. XX, 1928, p. 103-104.
  12. Stanislas Fumet, Histoire de Dieu dans ma vie, Fayard, Paris, 1978, p. 301.
  13. Les chapitres qui suivent, s’inspirent largement du fascicule bien documenté, intitulé The Story of the International Council of Christians and Jews, édité, à compte d’auteur, par Willam W. Simpson et Ruth Weyl, sous les auspices de Martin Buber House, siège de ICCJ, Eppenheim (Allemagne), 1995, p. 20 et sq. Pour les « 10 points de Seelisberg », je m’appuie, entre autres, sur la revue du SIDIC (Service International de Documentation Judéo-chrétienne, Rome), n° 2, 1970, p. 3.
  14. Cf. M.R. Macina et P. Démann, « "L’incident" de Seelisberg n’a pas eu lieu », Sens, revue de l’Amitié judéo-chrétienne, n° 232, Paris, octobre 1998, p. 483-486.
  15. Le Père P. Démann y a consacré un article qui m’est malheureusement resté inaccessible : « Le Congrès de l’association internationale de Chrétiens et de juifs à Fribourg (21-28 juillet 1948) », L’Amitié Judéo-Chrétienne, n° 2, janvier 1949, p. 12-13.
  16.  Je veux parler du document de la Conférence épiscopale française, L’attitude des chrétiens à l’égard du judaïsme. Orientations pastorales, op. cit.
  17. Repris de Cahiers Sioniens 2ème Année – T. I, n° 4bis, du 1er octobre 1948, p. 76-77.
  18. Comparer avec cet extrait du document épiscopal français (Orientations Pastorales), évoqué plus haut, texte en ligne : http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=1020.
  19. Je reproduis à l’identique le passage de l’ouvrage de M.-Th. Hoch et B. Dupuy, Les Églises devant le judaïsme. Documents officiels 1948-1978, p. 22-25.

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