8 Motifs d’espoir ou de découragement ?

macina

 

 

Des motifs d’inquiétude

On s’étonnera peut-être de ce que le titre de ce chapitre laisse planer le doute sur l’issue positive de la reconsidération ecclésiale de la question juive, dont il est question dans ce livre. C’est que, on le verra, le contentieux juif avec la chrétienté est lourd. Plus que les siècles de mépris, de soupçon, et de ressentiment chrétiens à leur égard, l’absence d’une protestation prophétique de la hiérarchie ecclésiale contre l’extermination de six millions des leurs, a muré la majeure partie des juifs dans une attitude de défiance systématique envers la chrétienté dans son ensemble. Au grand désespoir de leurs amis chrétiens, dont certains œuvrent depuis des décennies pour changer les mentalités.

Après la Seconde Guerre mondiale – malgré la découverte du génocide et les efforts de quelques historiens et écrivains pour sensibiliser les consciences au caractère abominable de ce crime et au silence, ou à la mollesse des réactions durant sa perpétration, de tant de responsables politiques et religieux de l’époque –, la reconnaissance et surtout l’aveu explicite de la responsabilité générale dans l’abandon des juifs, à l’heure de leur plus grande déréliction, furent, à quelques glorieuses exceptions près, lents à s’exprimer. Il y a de nombreuses explications à ce phénomène, qui a été analysé par des historiens spécialisés. Certaines sont recevables, d’autres ont un désagréable arrière-goût d’alibi, voire de justification apologétique. Conformément à la ligne générale de mes réflexions sur ce drame, je m’en tiendrai, dans les points qui suivent, à l’examen de l’attitude, des actes, des déclarations et des écrits chrétiens à ce sujet.

 

La réserve diplomatique du Vatican face à la persécution des juifs fut-elle coupable ?

Le sujet est explosif. Pour en traiter comme il le mérite, il faudrait un ouvrage spécifique, et il en existe déjà des centaines. Rappelons toutefois que l’extrême discrétion de la hiérarchie de l’Église (surtout catholique), face à la persécution bestiale des juifs, fut générale, sauf rarissimes et glorieuses exceptions (en Hollande et en France uniquement), et encore les réactions furent-elles tardives et ponctuelles. Quant à Pie XII, la seule allusion publique qu’il fit, durant toute la guerre, au sort des juifs (sans toutefois mentionner leur nom), figure dans les quelques lignes de son discours pontifical de Noël 1942 (qui dura quarante-cinq minutes), où il évoqua les « centaines de milliers de personnes qui, sans avoir commis aucune faute personnelle, et parfois pour des raisons de nationalité ou de race, sont destinées à la mort ou à un dépérissement progressif ». Le caractère elliptique de cette phrase fut cause de ce que les Polonais – sur le martyre desquels la papauté avait gardé le même silence –, se reconnurent dans ce passage. C’est ce qui ressort, semble-t-il, de cette précision d’un historien italien peu suspect d’hostilité à l’égard de Pie XII :

Osborne, l’ambassadeur anglais près le Saint-Siège, fait part à son gouvernement de l’intention du pape de défendre les juifs ; de même, Tittman fait part à Washington de ce que Pie XII était convaincu d’avoir parlé clairement de l’extermination des Polonais, des juifs et des otages, tous victimes « sans faute de leur part », en raison de leur race ou de leur nationalité […][1].

Du coup, les termes généraux de « nationalité » et de « race », presque universellement considérés comme « désignant clairement les juifs », apparaissent dans une tout autre lumière. On frémit en pensant que l’absence de mention explicite des juifs, tant reprochée à ce passage du message pontifical, a peut-être son origine dans la « triple destination » – Polonais, Juifs, otages – qu’évoque incidemment le chargé d’affaires de Roosevelt. Ce qui serait regrettable, dans ce cas, ce n’est pas que le pape ait ainsi fait allusion, en plus des juifs, aux Polonais et aux otages, mais qu’il ait laissé s’installer et perdurer l’équivoque.

On peut épiloguer à l’infini sur les raisons qui ont conduit le pontife romain à adopter une attitude d’extrême discrétion – on peut aussi parler, avec certains auteurs, de « réserve diplomatique » – concernant le sort des juifs. Pour faire simple, disons que, selon ses détracteurs, le pape a failli à son devoir de témoin du Christ en choisissant la voie diplomatique plutôt que celle du témoignage prophétique. Selon ses défenseurs, par contre, le « souverain pontife », qui s’était convaincu que toute opposition déclarée à la politique nazie obtiendrait l’effet inverse du résultat souhaité, a agi au mieux de ses possibilités limitées et a opté, faute de choix, pour les protestations diplomatiques et l’action caritative secrète. Les deux positions sont évidemment irréconciliables et aucun historien n’a pu, à ce jour, établir, de manière péremptoire, ni la culpabilité ni l’impeccabilité morale de l’attitude du pontife. Au pire, on peut l’estimer timorée ; au mieux, on peut reconnaître qu’elle fut sincère mais erronée.

 

La Shoah, invisible toile de fond du chapitre 4 de la Déclaration Nostra Ætate


La repentance de hauts dignitaires religieux chrétiens

En 1948, Mgr Jean-Baptiste Montini, le futur pape Paul VI, avait confié à Jacques Maritain son émotion à la lecture de l’article de François Mauriac – très dur pour l’attitude de Pie XII –, dont j’ai cité un bref extrait ci-dessus[2]. L’excellent chroniqueur de l’adoption mouvementée de la Déclaration Nostra Ætate, 4, qu’est l’abbé Laurentin[3], rappelle que « Jean XXIIIavait voulu ce projet ». Et de préciser :

L’intention avait en lui de profondes racines. Le souvenir des juifs persécutés, et de l’impuissance où il s’était trouvé de leur porter d’autres secours qu’individuels et limités, au temps où il était délégué apostolique à Istanbul, ne le quittait pas[4].

Laurentin énumère une « série de faits » qui, selon lui, « catalysèrent le projet », et s’attarde sur l’audience que le pape accorda à Jules Isaac, dont la femme et la fille avaient péri dans les camps, et qui avait voué le reste de son existence à ouvrir les yeux des chrétiens sur la part de responsabilité qui incombait à «l’enseignement (chrétien) du mépris», dans les persécutions multiséculaires contre le peuple juif, en général, et l’extermination des juifs d’Europe, en particulier. Et Laurentin de rapporter que Jules Isaac remit au pape

un dossier contenant 1) un programme de redressement de l’enseignement chrétien concernant Israël ; 2) un exemple de mythe idéologique (la dispersion d’Israël, châtiment providentiel) ; 3) des extraits du catéchisme du concile de Trente montrant que l’accusation de déicide est contraire à la saine Tradition de l’Église[5].

L’ecclésiastique précise encore qu’à la question de Jules Isaac, qui lui demandait « s’il pouvait emporter une parcelle d’espoir », Jean XXIIIavait répondu : « vous avez droit à plus que de l’espoir ». Mais il insiste sur le fait que cette visite « ne fut qu’un facteur parmi d’autres », et évoque quelques initiatives qui témoignent de la prise de conscience croissante, dans certains milieux chrétiens, du tort immense qu’avait causé aux juifs la manière, caricaturale et méprisante, dont leur foi, leurs traditions et leur histoire avaient été présentées aux chrétiens au fil des siècles :

En 1960, l’Institut biblique demanda que le Concile traitât la question juive. La même année, Mgr Osterreicher, directeur de l’Institut judéo-chrétien de Seton-Hall (U.S.A.), transmit une pétition signée de 15 prêtres afin que la catéchèse chrétienne soit expurgée des termes blessants qui demeuraient encore à l’égard des juifs. Durant l’été 1960, un groupe international de prêtres et de laïcs, réunis dans la ville d’Apeldoorn (Hollande), rédigea un mémoire sur le rôle du peuple juif dans l’histoire du Salut et le transmit au cardinal Bea[6].

Il importe de préciser qu’il ne s’agissait pas là d’une génération spontanée. Rares et lentes à se faire jour, quelques expressions de remords, voire de repentir s’étaient déjà exprimées, après la guerre et avant le Concile, dans des déclarations publiques de hauts dignitaires religieux.

Dès 1948 (1er – 5 septembre), une résolution de l’Assemblée des catholiques allemands, réunis à Mayence (Katholikentag), reconnaissait :

 l’immensité des souffrances qui ont été infligées aux hommes de  descendance juive au cours d’une marée de crimes jamais officiellement dénoncés[7],

et se déclarait

animée de l’esprit de pénitence chrétien au regard du passé et consciente de ses responsabilités en vue de l’avenir […].

En 1949 (9 novembre), le jour anniversaire de la Nuit de cristal, le cardinal von Preysing, évêquede Berlin, déclarait plus dramatiquement encore :

Voici revenu l’anniversaire du jour effroyable qui a vu le commencement de l’extermination des juifs en Allemagne. Comme vous le savez, plus de cinq millions de juifs furent assassinés par le précédent gouvernement. Même les vieillards et les enfants ne furent pas épargnés. C’est un crime sans précédent qui se dresse devant nous[8] […].

En 1950, à Weissensee, une déclaration des Synodes de l’Église évangélique d’Allemagne proclamait :

Nous nous déclarons solidairement coupables, par nos omissions et par nos silences, devant le Dieu de miséricorde, des crimes qui ont été commis contre les juifs par des membres de notre peuple[9] […].

En 1961, une résolution du Synode de l’Église évangélique en Allemagne, au sujet du procès d’Eichmann, affirmait :

En présence de ce crime dont nous portons la responsabilité en tant que nation, nous ne pouvons fermer les yeux et les oreilles. Tous les Allemands qui, en âge de raison, ont assisté à l’horreur de l’extermination des juifs, même ceux qui ont secouru leurs concitoyens dans la détresse, tous doivent reconnaître devant Dieu que, par manque de vigilance et d’esprit de sacrifice dans l’amour, ils se sont rendus complices […]. C’est pourquoi nous voulons nous soumettre au jugement de Dieu et reconnaître notre manque d’amour, notre indifférence et notre crainte, voire notre complicité avec le crime, comme notre propre part à cette faute. Nous voulons nous encourager mutuellement à expier notre complicité et à croire, du fond du cœur, que le pardon de Dieu nous donne la vraie liberté et la vie[10].

La même année (juin 1961), la Conférence épiscopale réunie à Bühl, prescrivait une prière de repentir, dans laquelle on pouvait lire :

[…] Nous le confessons devant Toi : parmi nous, une foule innombrable d’hommes et de femmes ont été mis à mort parce qu’ils appartenaient au peuple d’où est né le Messie selon la chair. Nous t’en prions, daigne amener à la reconnaissance et au repentir tous ceux d’entre nous qui se sont faits complices, par leurs actions, leurs omissions et leur silence. Conduis-les à cette reconnaissance et à ce repentir afin qu’ils expient tout le mal qu’ils ont commis. Pour l’amour de ton fils, dans ta miséricorde infinie, daigne pardonner l’incommensurable faute que ne saurait effacer nulle pénitence des hommes […][11].

Digne de mention également est l’importante déclaration, d’une grande profondeur théologique, publiée par les Églises évangéliques à l’occasion du Kirchentag, lors du procès Eichmann (22 juillet 1961) :

Les juifs et les chrétiens sont unis de façon indissoluble. Le reniement de cette unité a été la cause de l’hostilité qui a régné dans la chrétienté contre les juifs. Il a été la raison principale de la persécution des juifs. Mépriser des membres du peuple juif, au sein duquel Jésus de Nazareth est né, c’est trahir Jésus lui-même. Toute inimitié à l’égard des juifs est une impiété et mène à la destruction du christianisme. Le procès qui se déroule actuellement à Jérusalem nous concerne tous. Nous chrétiens évangéliques d’Allemagne, reconnaissons que nous avons tous une grande part de responsabilité et de faute […] À propos de l’affirmation, fausse, mais propagée pendant des siècles par l’Église, que Dieu a réprouvé le peuple juif, nous voulons méditer de façon nouvelle la parole de l’Apôtre : « Dieu n’a point rejeté son peuple qu’Il a connu d’avance » (Rm 11, 2). Une rencontre nouvelle avec le peuple élu de Dieu ne peut que confirmer ou faire naître le sentiment que juifs et chrétiens vivent ensemble de la fidélité de Dieu, qu’ils le louent et le servent à la lumière de l’espérance biblique, partout où vivent des hommes[12]

On aura remarqué que les textes évoqués sont exclusivement allemands[13]. De surcroît, il ne semble pas que le choix, par Jean XXIII, d’un cardinal allemand pour prendre en charge le texte sur les juifs soit le fruit du seul hasard.


Le rôle capital du cardinal Bea dans la rédaction et la réception du chapitre de Nostra Ætate, consacré aux juifs

Avant de m’attarder longuement sur l’action du cardinal Bea, un mot sur le pape du Concile. Élu au souverain pontificat à l’âge de 77 ans, Jean XXIII était considéré comme un « pape de transition », aussi surprit-il tout le monde en décidant de convoquer un concile. Pour mesurer, à sa juste valeur, le rôle qu’a pu jouer le drame inouï de la Shoah dans la conscience de ce pape, qui allait permettre au « texte sur les juifs » de voir le jour, il faut lire cette confidence éclairante du père T. F. Stransky :

Le souci des catholiques d’améliorer attitudes et comportement envers les fils d’Abraham n’était pas pour Jean XXIIIune préoccupation théorique et abstraite. Il ne pouvait oublier les juifs victimes de l’ignoble persécution nazie, et sa propre impuissance à leur procurer plus qu’une aide individuelle et restreinte, alors qu’il était Délégué apostolique à Istanbul (1935-1944) […][14].

Quant au souci du pape d’effacer tout ce qui était de nature à diaboliser les juifs, il se manifesta jusque dans un domaine où l’Église refuse généralement tout changement : celui de la liturgie. En témoigne l’historien du texte sur les juifs, déjà cité, qui relate ce qui suit :

Ainsi s’était-il manifesté, dès le début de son pontificat, par des paroles, par des actes qui avaient porté. Il avait enfin rayé de la liturgie du Vendredi Saint la mention de la « perfidie judaïque » et des « juifs perfides » qu’on avait maintenue jusque-là en disant, à l’encontre des dictionnaires, que le mot latin perfidia ne signifiait pas perfidie. Acte plus frappant encore : durant la Semaine sainte qui suivit cette décision, Jean XXIII fit recommencer le chant des impropères que l’officiant avait fait sans tenir compte de ces modifications. Ces gestes venus du cœur avaient établi entre le Pape et les juifs de toutes nations un climat de confiance et de sympathie sans précédent[15].

Ceci étant dit, on peut légitimement s’interroger sur les raisons qui ont mû le pontife à choisir un homme né, à quelques mois de distance, la même année que lui (1881), et se demander si Béa avait une quelconque expertise en matière de judaïsme. La Rédaction de la revue du SIDIC, déjà citée, pose loyalement la question et y répond en toute franchise :

Le cardinal était-il préparé à une tâche aussi décisive ? Apparemment il ne l’était pas. Avant qu’il devienne cardinal il n’avait pas eu de contacts avec les juifs et il n’avait pas manifesté un intérêt spécial pour le judaïsme postérieur au Christ. Parmi les nombreux articles écrits par le professeur d’Écriture Sainte, aucun ne touche l’existence du judaïsme post-biblique ou l’exégèse juive de l’Ancien Testament. Son exégèse restait dans le cadre traditionnel et son contact avec le pays d’Israël se limita à un voyage en Palestine en 1929[16].

Le même article explique l’adaptation rapide du cardinal à cette orientation nouvelle, par sa longue implication dans les rencontres œcuméniques avec des experts protestants et orthodoxes appartenant à des communautés chrétiennes séparées de Rome, mais ayant en commun les Écritures, et il en tire les conclusions suivantes :

Avec sa grande connaissance et son amour de la Bible, il comprenait les différentes manières dont on a pu expliquer la Sainte Écriture pour soutenir des vues ecclésiologiques différentes. La Bible, qui a si souvent joué un rôle important et même décisif dans la division des chrétiens, reste pourtant la source commune. La recherche nouvelle de l’unité des chrétiens menait nécessairement à un retour aux sources […] Ces deux éléments, vie imprégnée de la Bible et engagement dans le mouvement œcuménique, devaient préparer l’esprit ouvert du cardinal Bea à la découverte explicite du judaïsme post-biblique. La Sainte Écriture est inextricablement liée à l’histoire d’Abraham et de sa descendance et l’œcuménisme fait retourner aux sources ; là, on rencontre le judaïsme et, d’une manière ou d’une autre, on doit prendre position. Le cardinal l’a fait dans un esprit ouvert et d’une manière très positive[17].

Les détails suivants fournis par le même article montrent éloquemment que le texte dont il avait la responsabilité n’a pas été élaboré in abstracto par un théologien en chambre :

Pendant toute la période du Concile et de sa préparation, [le cardinal Bea] a eu beaucoup de contacts avec des juifs et avec des membres des groupes de l’Amitié judéo-chrétienne de différents pays, qui venaient le voir ou qu’il rencontrait dans leurs pays respectifs. Plusieurs d’entre eux lui ont proposé des suggestions concernant le document en préparation. Le cardinal était toujours très ouvert et à l’écoute de leurs idées. Quelques organisations juives, en contact avec le cardinal, sur invitation et après encouragement de certaines autorités catholiques, lui ont envoyé des « memoranda » sur la question. Il semble que ces documents aient plutôt servi à l’information du cardinal lui-même, parce qu’ils n’étaient pas toujours transmis à la commission susdite […]. 

Mais le passage le plus éclairant et aussi le plus révélateur de la véritable révolution théologique qu’allait opérer Nostra Ætate, 4, est le suivant :

… Augustin Bea est vraiment l’architecte de Nostra Ætate. S’appuyant sur sa connaissance de la Bible et poussé par un grand amour, il défendait courageusement et avec beaucoup d’insistance les grands thèmes de ce document, dans lequel le lien fondamental entre les juifs et tous les chrétiens est mis en lumière. Dans sa relation du 25 septembre 1964, il disait sur ce point : « L’étroite association entre l’Église, le peuple élu du Nouveau Testament, et le peuple élu de l’Ancien Testament[18], est commune à tous les chrétiens, et ainsi il y a un lien intime entre le mouvement œcuménique et les questions discutées dans cette Déclaration[19] ». Les préjugés traditionnels et l’antisémitisme sont clairement rejetés. Des indications bibliques et pastorales fournissent le point de départ d’une réflexion théologique sur le rôle du judaïsme post-biblique dans l’histoire du salut. Les études et les dialogues, souhaités par le Concile, devront contribuer à une meilleure connaissance du judaïsme, tel qu’il se conçoit lui-même.

Et si l’on cherche des traces indiscutables de l’influence du drame de l’extermination des juifs sur la détermination incroyable dont a fait preuve le cardinal Bea pour élaborer, défendre contre vents et marées, et finalement faire accepter par les Pères conciliaires un texte sur les juifs, qui allait marquer définitivement la théologie et l’ecclésiologie, on retiendra le témoignage même de ce prélat, après la clôture du Concile :

Le problème, vieux comme le christianisme, des relations avec le peuple juif, a été rendu plus aigu par l’épouvantable extermination des millions de juifs sous le régime nazi. Pour cette raison ce problème s’est imposé à l’attention du concile Vatican II[20].

Si l’on met cet aveu en corrélation avec les déclarations des hauts dignitaires religieux, citées plus haut, ce que l’on sait des actes et des paroles de Jean XXIII, et le fait que nombre d’évêques et de cardinaux présents au Concile avaient été des témoins directs de la traque et de la déportation des juifs, il semble que la prise de conscience de leur déréliction sans nom, que fut la Shoah, ait permis l’adoption d’un texte sans précédent dans la doctrine de l’Église, auquel les spécialistes ne donnaient que peu de chances, et dont au moins deux cents Pères conciliaires ont tout fait pour qu’il ne voie pas le jour.


Le regard chrétien sur les juifs a-t-il réellement changé ?

 

Le chemin parcouru par les autorités ecclésiales

Il aura fallu trois décennies de rencontres non officielles entre chrétiens et juifs, le choc de la Shoah, et l’impulsion donnée par la déclaration conciliaire Nostra Ætate, 4 (1965), pour que, lentement et avec bien des hésitations et des résistances en leur sein, l’Église catholique et les meilleurs d’entre les chrétiens commencent à porter sur le peuple juif, si décrié et persécuté depuis près de deux mille ans, ce qu’on a si justement appelé depuis « un nouveau regard ». Ci-après, quelques étapes marquantes.

Le 28 octobre 1965, est approuvé le texte controversé de la Déclaration Nostra Ætate du concile Vatican II, dont le chapitre 4 est consacré aux juifs. On peut y lire, entre autres :

L’Église ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans son ineffable miséricorde, a daigné conclure l’Antique Alliance, et qu’elle se nourrit de l’olivier franc sur lequel sont greffés les rameaux de l’olivier sauvage, que sont les nations (cf. Romains 11, 17-24) […] Selon saint Paul, les juifs restent très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance (cf. Romains 11, 28-29).

Le 17 novembre 1980, à Mayence, dans une allocution adressée aux dirigeants des communautés juives d’Allemagne[21], le pape Jean-Paul II utilise, pour qualifier les juifs – et ce en contradiction apparente avec l’Épître aux Hébreux (8, 13) –, la formule révolutionnaire suivante :

le peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance jamais révoquée par Dieu…

Le 13 avril 1986, ce même pape, premier pontife à accomplir un tel geste, se rend en visite à la Synagogue de Rome. Dans son allocution, il rappelle l’enseignement du Concile, selon lequel

on ne peut imputer aux juifs en tant que peuple, aucune faute atavique ou collective pour ce qui a été commis durant la Passion de Jésus. Ni indistinctement aux juifs de ce temps-là, ni à ceux venus ensuite, ni à ceux d’aujourd’hui.

Après avoir reconnu l’État d’Israël (1993), le Saint-Siège signe avec lui un « Accord fondamental » (30 décembre 1994), dans lequel on peut lire ces phrases, exceptionnelles dans un document de cette nature :

Le Saint-Siège et l’État d’Israël, attentifs au caractère unique et à la signification universelle de la Terre sainte, conscients de la nature unique des relations entre l’Église catholique et le peuple juif, du processus historique de réconciliation et de la compréhension et de l’amitié mutuelles grandissantes entre les catholiques et les juifs […] prennent l’engagement de coopérer de façon appropriée pour combattre toutes les formes d’antisémitisme et toutes les formes de racisme et d’intolérance religieuse, et pour promouvoir la compréhension mutuelle entre les nations, la tolérance entre les communautés et le respect de la vie et de la dignité humaine. Le Saint-Siège saisit cette occasion pour réaffirmer sa condamnation de la haine, de la persécution et de toute autre manifestation d’antisémitisme dirigées contre le peuple juif et contre tout juif, où que ce soit, en n’importe quelle circonstance et par qui que ce soit. En particulier, le Saint-Siège déplore les attaques dirigées contre les juifs, et la profanation des synagogues et des cimetières juifs, actes qui offensent la mémoire des victimes de l’Holocauste, particulièrement lorsqu’ils sont commis sur les lieux mêmes qui en ont été témoins.

 

En juillet 2001, paraît un document de travail remarquable mais malheureusement peu remarqué – sans doute du fait qu’il est l’œuvre d’une assemblée d’Églises protestantes, et que le grand public, et surtout les journalistes, sont plus attentifs aux documents émanant de l’Église catholique. Il s’agit d’une sélection d’extraits de deux déclarations antérieures – « L’Église de Jésus-Christ » (1994), et « Église et Israël » (2001). Ce texte a été adopté lors de l’assemblée générale de la Communion d’Églises Protestantes en Europe (CEPE), à Belfast en juillet 2001, à l’unanimité des 103 Églises membres. J’estime que sa lecture s’impose à quiconque s’intéresse à la théologie chrétienne du judaïsme. Malgré leur brièveté, ces textes vont plus loin, sur le plan de la théologie fondamentale, que ce qui figure dans la plupart des documents élaborés par l’Église catholique, particulièrement concernant la vocation propre au peuple juif. Ci-dessous l’Introduction:

Ces dernières semaines, déclenchée par des événements dans l’Église catholique romaine, il y a eu une très large discussion sur la relation de l’Église au judaïsme et la part de responsabilité qui revient au christianisme dans la Shoah, l’assassinat de millions de juifs européens. Les Églises chrétiennes ont redéfini leur attitude vis-à-vis du peuple d’Israël après 1945. La Communion d’Églises Protestantes en Europe – Communion Ecclésiale de Leuenberg – a fait des déclarations majeures sur ces questions, à la fois dans son document fondateur et dans deux autres, auxquelles ses membres ont unanimement adhéré. Nous avons ici réuni les deux plus importantes. Ce qui devrait rendre claire la position de nos Églises. Précisément parce qu’il existe encore des tendances à « l’oubli d’Israël » ainsi que de l’antisémitisme dans les Églises protestantes, il conviendrait d’étudier les documents et mettre en œuvre leurs recommandations. « Dans la lutte contre toutes les formes de discrimination, de racisme et d’antisémitisme, l’Église sait qu’elle se tient aux côtés d’Israël »[22].

Concorde de Leuenberg (1973)

7. L’Évangile proclame Jésus-Christ, le salut du monde, accomplissement de la promesse faite au peuple de l’ancienne Alliance.

L’Église de Jésus-Christ (1994)

I.3.1 L’élection comme fondement de la finalité de l’Église – l’Église comme peuple de Dieu

« En Christ, Dieu nous a choisis avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard » (Ep 1, 3-6.9-11; 3, 11, avec 1 Co 2, 7; Col 1, 12-17; He 1, 1s. et Jn 1, 1 ss.). Cette élection fonde aussi la finalité de l’Église d’être lumière du monde, de « proclamer les hauts faits de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière » (1 P 2, 9) afin que « désormais les autorités et les pouvoirs… connaissent, grâce à l’Église la sagesse multiple de Dieu » (Ep 3, 10).

L’élection de l’Église est étroitement liée à l’élection d’Israël comme peuple de Dieu (Ex 19, 5 ss.. ; 1 R 8, 53 ; Ps 77, 16.21 ; Is 62, 12). Dieu a appelé Israël à la foi (Is 7, 9; Rm 4, 13 ss.) et lui a montré par sa promesse le chemin de la vie (Ex 20, 1-17; Dt 30, 15-20) et l’a ainsi destiné à être la lumière des nations (Is 42, 6). Cette promesse à Israël demeure, elle n’est pas devenue caduque par l’événement Christ, car Dieu est fidèle (Rm 11, 2. 29).

L’Église est le peuple de Dieu comme communauté de croyants appelés par Christ d’entre les juifs et d’entre les peuples (Rm 9, 24). La foi vient de la Parole de Dieu qui place tous, les païens comme les juifs, sous le jugement de Dieu (Rm 3, 9), les appelle à la repentance et leur confère la grâce (Rm 3, 28 ss.). Les chrétiens croient que la finalité de l’Église révélée en Christ sera accomplie de telle manière qu’avec la multitude des païens « tout Israël » sera sauvé (Rm 11, 25 ss.).

II.3.1 Le dialogue avec le judaïsme

Pour les Églises issues de la Réforme, être Église exige, au nom d’une priorité bibliquement fondée, une analyse critique de leur relation au judaïsme. Ce dialogue avec le judaïsme est indispensable pour les Églises. Durant des siècles les juifs ont été persécutés et confrontés à des pogromes. L’antijudaïsme des Églises a largement servi à fonder la persécution du peuple juif dans l’occident chrétien. La persécution et l’élimination massive des juifs par le national- socialisme ont été accompagnées par des manquements dramatiques de la part des Églises allemandes qui ne se sont pas opposées à temps et efficacement aux menaces qui pesaient sur les juifs. La confrontation avec l’histoire douloureuse et pesante du rapport entre juifs et chrétiens est aujourd’hui comprise par toutes les Églises comme étant une tâche essentielle.

Lorsque on abuse de l’Évangile de la grâce de Dieu en Jésus-Christ pour fonder le « rejet » des juifs et justifier l’indifférence face à leur destin, l’Évangile est remis en cause en tant que fondement de l’existence de l’Église. La relation à Israël est pour les chrétiens et les Églises une partie intégrante du fondement de leur foi.

L’existence du judaïsme est pour les Églises un signe de la fidélité de Dieu qui tient ses promesses. Malgré ses nombreux manquements en particulier dans sa relation aux juifs, l’Église est, elle aussi, dépendante de ces promesses. Dans la rencontre du témoignage de vie de l’autre, les juifs et les chrétiens découvrent les points communs et les différences dans la foi et la vie de l’Église et de la synagogue. Le dialogue entre juifs et chrétiens vit du fait que les deux ne cachent pas le témoignage de la vérité vécue de leur foi, mais l’intègrent dans le dialogue en s’efforçant de se comprendre mutuellement. …

Église et Israël (2001)

I.4.8 Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu dans plusieurs pays européens des attentats antisémites et jusqu’à aujourd’hui il existe dans de nombreux pays un antisémitisme ouvert ou latent qui renaît sans cesse. À l’occasion de la fondation du Conseil œcuménique des Églises, en 1948 à Amsterdam, les participants ont adopté une déclaration contre le racisme et ont ainsi renié toute forme d’antisémitisme. Depuis les années 1960, les théologiens et les Églises sont de plus en plus disposés à rechercher le dialogue avec les juifs. Cette attitude tient compte du fait qu’au sein du judaïsme il existe une forte réserve ou même un genre de refus de ce dialogue. La théologie chrétienne s’efforce de plus en plus de combattre clairement toute forme d’antisémitisme, et de prendre en considération la réflexion sur la relation de l’Église au peuple d’Israël comme un devoir théologique.

I.4.9 Ce retour sur l’histoire de l’Église et particulièrement sur l’histoire de la théologie chrétienne montre qu’il y eut des lacunes fondamentales dans la réflexion sur le judaïsme et sur la relation particulière entre l’Église et Israël. Des lacunes dans la doctrine de l’Église – dans le domaine de la compréhension de l’Écriture, de la doctrine de Dieu, mais aussi de la christologie – ont également contribué pour une large part au fait que, dans de nombreuses Églises de la Réforme, il n’y eut pas d’opposition efficace aux crimes du national-socialisme. Au vu de ces expériences, et en dépit de la responsabilité particulière de l’Allemagne, il appartient à toutes les Églises de redéfinir d’une façon dogmatiquement réfléchie leur relation à Israël.

II.3.1 Ce qui a été dit précédemment a des conséquences sur la définition de la relation de l’Église à Israël. Selon la compréhension qu’elle a d’elle-même, l’Église est élue en toute liberté par le Dieu d’Israël. Elle se comprend comme la communauté créée par la foi en la révélation du Dieu d’Israël en Jésus-Christ. Elle perçoit Israël comme le peuple qui reconnaît Dieu et l’honore, dans la perspective de la révélation attestée dans ses Écritures Saintes, sans qu’il confesse le Christ. En raison même de la révélation du Christ, on ne peut pas dire qu’Israël doit être considéré uniquement comme le cadre historique, passé, de l’événement Christ et qu’il est désormais « dépassé ». Au contraire, Israël est le point de référence constitutif et inchangé, en aucun cas dépassé, de la révélation de Dieu en Jésus de Nazareth qui est le Christ. Par la foi, nous savons que, dans l’histoire de Dieu avec sa création, depuis le commencement jusqu’à la fin des temps, le peuple d’Israël conserve sa place permanente.

II.3.2 La prédication chrétienne se déroule en public et s’adresse à tous les humains. Elle retentit dans le contexte du dialogue avec les religions mondiales et dans le dialogue avec des représentations du monde non religieuses. Il va de soi que les chrétiens témoignent de leur foi en paroles et en actes vis- à-vis de ces différents groupes.

Il en va de même dans leurs rencontres avec des juifs. Le témoignage commun rendu au Dieu d’Israël et la confession de foi dans l’élection souveraine du Dieu unique constituent un argument de poids pour proscrire, de la part des Églises, toute forme d’activité dirigée de façon spécifique vers les juifs pour les convertir au christianisme.

III.1.1.2  Dans  le  combat  contre  tous  les  phénomènes de discrimination, de racisme et d’antisémitisme, l’Église est aux côtés d’Israël. Les communautés chrétiennes gagnent en crédibilité lorsqu’elles sont prêtes, même au-delà de leur propre domaine, à s’engager dans une responsabilité qui concerne la société. Elles encouragent une compréhension des notions d’humanité et de droits de l’homme conforme à la conception chrétienne de l’être humain. Elles s’efforcent de présenter l’histoire en adéquation avec les événements, d’avoir  une  réflexion  critique  sur  les  questions  actuelles concernant la xénophobie, le racisme et la relation aux autres cultures, religions et minorités ethniques. Le document « Église et Israël » peut servir à la réflexion proposée aux communautés chrétiennes, à partir de leurs propres racines théologiques. Dans cette perspective, il constitue une base importante.

Dans leur vie quotidienne, les communautés connaissent des situations différentes, et en fonction de cela, elles cherchent des formes d’engagement et de transmission qui sont différentes. L’effort qui a été fait dans de nombreuses communautés chrétiennes pour prendre à nouveau conscience de l’histoire des communautés juives qui vivaient depuis longtemps dans leur propre environnement a réveillé leur sensibilité pour le passé et le présent.

III.1.1.3 Pour des raisons historiques et théologiques, l’Église est liée par la solidarité avec Israël. Ceci demeure valable même si les Églises prennent position de façon critique sur le conflit israélo-arabe et sur des décisions politiques actuelles du gouvernement de l’État d’Israël. Elles s’opposent à toutes les tendances qui cherchent à diffamer le mouvement sioniste – qui a conduit à la fondation de l’État d’Israël – en le qualifiant de raciste. Les Églises soutiennent tous les efforts de l’État d’Israël et de ses voisins, en particulier du peuple palestinien, pour parvenir à une paix sûre, durable et juste dans le respect mutuel, et pour la sauvegarder. …

1.2.4 Dans ce qu’elle annonce, l’Église s’oppose à toute forme d’« oubli d’Israël ». Elle prend au sérieux la portée de l’unicité et du caractère incomparable de Dieu, soulignés par le judaïsme d’une manière toute particulière. L’appel à la conversion à ce Dieu unique unit l’Église et Israël. Ceci trouve en particulier son expression lorsque la prédication de l’Église redit la miséricorde de Dieu attestée dans la Torah et dans les autres parties des Écritures saintes d’Israël, qui sont l’Ancien Testament chrétien. L’Église et Israël attestent de la même manière que cette miséricorde inclut la revendication de justice pour toute l’humanité, ainsi que le droit de la création à sa sauvegarde.

III.2 De la responsabilité commune des chrétiens et des juifs

Ces dernières années, dans de nombreuses situations, chrétiens et juifs ont combattu ensemble contre la discrimination, le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Dans ce domaine, ils se savent liés les uns aux autres. Dans le processus conciliaire, les thèmes de « Justice, paix et sauvegarde de la création » sont devenus particulièrement significatifs pour de nombreuses Églises. Ce sont des préoccupations et des espérances qui concernent à la fois les chrétiens et les juifs sur la base de la tradition qui leur est propre. Ils peuvent agir côte à côte dans la lutte pour une application de plus en plus concrète des droits de l’homme au plan individuel et social. Ces dernières années, de nombreuses expériences ont été vécues en Europe sur le terrain de tels engagements communs. Ce sont des signes encourageants qui montrent  que  la  culpabilité  et  les  blessures  qui  ont  été infligées ne doivent pas forcément avoir le dernier mot, mais qu’avec précaution – sans qu’il soit question d’oublier ni de refouler le passé – des pas peuvent être faits ensemble.

Conclusion

Les Églises de la Communion ecclésiale de Leuenberg reconnaissent et déplorent, eu égard à l’histoire de vingt siècles d’animosité chrétienne vis-à-vis des juifs, leur coresponsabilité et leur culpabilité à l’égard du peuple d’Israël. Les Églises reconnaissent leurs interprétations fautives de certaines affirmations et traditions bibliques. Devant Dieu et les hommes, elles confessent leur faute et implorent le pardon de Dieu. Elles se fient en l’espérance que l’Esprit de Dieu les conduit et les accompagne sur leur nouveau chemin.

Les Églises de la Communion ecclésiale de Leuenberg sont appelées à rechercher le dialogue avec les juifs, partout où cela est possible, dans le lieu où elles se trouvent et dans leur situation particulière. Dans l’écoute commune de l’Écriture sainte d’Israël – l’Ancien Testament chrétien –, il est possible de rechercher des voies en vue d’une compréhension mutuelle.

La coexistence de l’Église et d’Israël ne sera pas remplacée  dans  l’histoire  par  une  “union”  des  deux  (Rm 11,25-32). Le témoignage du Nouveau Testament enseigne que la connaissance et le discours théologiques ont des limites qu’il n’est pas donné aux humains de franchir. L’Église confesse, avec les mots de l’apôtre Paul (Rm 11,33-36) :

« O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses voies impénétrables ! Qui en effet a connu la pensée du Seigneur ? Ou bien qui a été son conseiller ? Ou encore, qui lui a donné le premier, pour devoir être payé en retour ? Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. À lui la gloire éternellement ! Amen. »

On notera cependant qu’il s’agit de documents de travail, et non d’un texte doctrinal ratifié par l’ensemble des Églises. Dans une étude de 2004, le pasteur Alain Massini, président de la Commission « Chrétiens et juifs » de la Fédération protestante de France, précise à ce sujet :

[…] il est clair que les orientations que propose ce document ne peuvent faire l’unanimité des Églises membres de la Fédération protestante de France. La Fédération protestante de France n’est pas une communion d’Églises mais une fédération qui regroupe des Églises, des Communautés, des Institutions, des Œuvres et des Mouvements aux orientations diverses sur le dialogue envers les juifs. Dans la commission Chrétiens et juifs, [cohabitent] des tendances très diverses. Nous y trouvons des luthéro-réformés qui sont en accord avec ce texte, mais aussi des Églises plus évangéliques qui partagent des orientations proches du mouvement « evangelical » d’outre-Atlantique, d’autres qui souscrivent aux orientations de la déclaration Un unique Christ pour tous, qui rappelle la centralité du salut en Jésus-Christ, d’autres encore qui ont l’oreille des juifs messianiques, et enfin des représentants de la Cimade, plus sensibles à la réalité palestinienne. Le spectre est donc très large[23].

Les événements et les textes évoqués ci-dessus – hautement significatifs malgré leurs différences de nature et d’autorité – ont jalonné le XXe siècle et les premières années du XXIe siècle. Ils sont assez largement ignorés du public, même chrétien. J’y ai consacré de larges parties d’un ouvrage spécifique, déjà cité plus haut[24]. Je me permets d’y renvoyer. 

Ce bilan, indéniablement positif, ne concerne que les autorités religieuses. Qu’en est-il des fidèles ? Nous allons voir que les motifs d’inquiétude quant à leur attitude à l’égard des juifs ne manquent pas.


Un intérêt chrétien plutôt tiède


Le moins que l’on puisse dire est qu’à l’exception de groupes impliqués dans le dialogue entre juifs et chrétiens, on ne perçoit pas, dans la presse catholique écrite et audiovisuelle, un intérêt excessif pour cette relation.

N’ayant pas eu l’occasion de consulter – si tant est qu’elle existe – une monographie consacrée aux habitudes de lecture en matière de relations entre chrétiens et juifs, il m’est difficile de me faire une idée précise des attentes et des motivations de ce lectorat particulier.

Mais c’est sur le terrain – entre autres au sein de groupes chrétiens, ou à l’occasion de rencontres individuelles – que le constat est le plus décevant. Je parle évidemment d’expérience, et rien ne me permet d’extrapoler celle-ci à l’ensemble de la chrétienté. À mon niveau donc, j’ai constaté une ignorance, souvent abyssale, de la problématique des relations judéo-chrétiennes. Parmi les catholiques avec lesquels je me suis entretenu, ceux à qui le titre Nostra Ætate « disait quelque chose », n’étaient pas en mesure d’en dire plus que des banalités souvent inexactes. Fait inquiétant.

Il est affligeant de constater que, sauf notables exceptions, ces fidèles sont peu enclins à réfléchir sur la permanence de l’existence juive, et encore moins sur son sens au regard de la foi chrétienne. Il s’agit, dans la majeure partie des cas, d’ « indifférence » et non d’hostilité, je le précise, mais ce n’en est pas moins inquiétant.


La passivité des chrétiens face aux nouvelles formes d’antisémitisme, et particulièrement l’antisionisme

Au vu de ce qui précède, on serait tenté de parler d’un manque d’intérêt. Mais le plus perturbant est de constater, au détour d’une discussion plus générale, voire d’un mot en prise avec l’actualité du Proche-Orient, que cet intérêt se réveille et s’avère même brûlant dès que sont abordés, même indirectement, la question de l’État d’Israël et les problèmes qu’il suscite[25].

Au fil des années et de centaines de conversations de ce type, force m’est de constater que ces catholiques, probablement sincères, n’ont intériorisé qu’un seul aspect des problèmes que devrait poser à un chrétien la violence de l’opposition quasi pavlovienne à la présence en « Palestine » d’un État juif, accusé de reproduire la politique répressive et meurtrière dont le peuple juif a lui-même été victime durant tant de siècles.

Dès lors, la question se pose : ce glissement du théologique au politique – que j’ai appelé «politisation théologique» – est-il le résultat d’une prise de conscience à laquelle seraient parvenus, après un examen honnête des différentes composantes du problème, des chrétiens touchés par la grâce, ou s’agit-il d’un alibi plus ou moins conscient, ou pire, d’un parti pris ?

 

"Prends garde qu’il ne t’épargne pas davantage" (cf. Rm 11, 21)


Quand les témoins se taisent[26]

L’une des caractéristiques majeures de l’histoire du peuple juif est la contradiction universelle qu’il suscite. On en trouve une très ancienne attestation dans l’oracle du voyant païen Balaam, rapporté dans la Bible :

Oui, de la crête du rocher je le vois, du haut des collines je le regarde. Voici un peuple qui demeure à l’écart, il n’est pas mis au nombre des nations. (Nb 23, 9).

Cette singularité a tellement collé à la peau des juifs, au fil des siècles, que tout ce qu’ils faisaient ou ne faisaient pas, leurs croyances comme leurs scepticismes, leurs succès comme leurs infortunes, étaient mesurés à l’aune de ce que les nations considéraient comme une haïssable manie : celle de ne jamais rien faire comme les autres, de se croire supérieurs, différents, voire élus. Même l’aptitude la moins discutable de ce peuple – la faculté d’adaptation qui lui a permis de survivre aux pires vicissitudes de son histoire –, s’inscrivait à son discrédit. Selon les détracteurs des juifs, en effet, elle est le fruit de leur don maléfique de dissimulation, de servile soumission, de patience rusée, tandis qu’ils ourdissent dans l’ombre les plus sinistres complots.

On sait ce qu’a coûté à ce peuple la paranoïa antijuive. Pourtant, tout parut changer avec l’avènement du « Siècle des Lumières ». On sentit alors souffler sur l’Europe un vent de raison et de liberté, balayant les obscurantismes et frayant la voie à l’émancipation civique des juifs, qui fut l’œuvre de la Révolution Française. Mais l’antisémitisme avait la vie dure. Moins d’un siècle plus tard, éclatait l’affaire Dreyfus. Théodore Herzl, journaliste juif en poste à Paris, eut la stupéfaction d’entendre des foules hurler : « Mort aux juifs ! ». Alors, s’ancra dans son esprit la certitude, déjà émise par d’autres, que seul un État fondé par des juifs sur une terre juive, pouvait rédimer leur peuple. Le sionisme était né.

Qui eût pu prévoir que la piètre terre lointaine, qui n’était alors l’objet d’aucune revendication nationale, et dont nul n’eût imaginé qu’elle serait un jour disputée au peuple qui en était issu, deviendrait un piège pour ces parias des nations, qui avaient cru – tragique naïveté ! – recouvrer leur dignité et gagner le respect de l’humanité en devenant enfin une nation « comme les autres » sur la terre de leurs ancêtres ?

On ignora longtemps que l’antisémitisme, dont la conscience humaine universelle semblait avoir été définitivement exorcisée par l’horreur de la Shoah, était un virus mutant de la pire espèce, et qu’il allait renaître des cendres du nazisme, sous la forme, « politiquement correcte », de l’antisionisme.

Et de fait, depuis que les événements tragiques du Proche-Orient ont ramené à la Une des journaux la brûlante question palestinienne et celle, non moins explosive, du statut de Jérusalem, l’attention sourcilleuse des nations – et, parmi elles, celle des chrétiens – se concentre à nouveau sur le peuple dans la bouche duquel le Psalmiste mettait déjà, voici plus de deux mille cinq cents ans, cette plainte : « Tu as fait de nous un objet de contradiction pour nos voisins » (Ps 80, 7).


Quand des chrétiens se taisent face aux accusations des ennemis d’Israël

Le cercle de celles et « ceux que réjouit la justice [d’Israël] » (cf. Ps 35, 27) va en s’amenuisant. Rarissimes, en effet, sont les voix chrétiennes qui s’élèvent pour laver ce peuple des affronts et des calomnies qui pleuvent sur lui de toutes parts. Après des décennies d’un enseignement de l’estime succédant enfin au traditionnel enseignement du mépris chrétien, et malgré les horreurs du passé, le juif, touché par les déclarations ecclésiales de repentance, s’était laissé aller à croire qu’il avait, dans le chrétien, un allié, ou au moins un confident prêt à l’écouter avec un préjugé favorable. Et voici qu’en quelques années, l’estime a fait place aux reproches – explicites ou voilés ; les regards se détournent sur son passage ; les poignées de mains se font fuyantes ; on ne lui propose plus de prendre la parole devant des audiences chrétiennes ; les amis et collègues chrétiens semblent oublier qu’il a encore le téléphone…

Il faut dire que les ennemis jurés de l’État d’Israël ont fait fort. En un temps record et à grands coups de pseudo-analyses manichéennes, de simplifications historiques et d’amalgames idéologiques, ils ont réussi à transformer l’image, authentique, de millions de rescapés du plus ignoble massacre de l’histoire, aspirant à trouver, dans la patrie de leurs ancêtres, une terre d’accueil où se reconstituerait leur peuple dispersé aux quatre vents, en celle, falsifiée, d’une nation colonialiste envahissant le territoire d’autrui et faisant subir à un peuple innocent le sort qui fut le sien. C’est le stéréotype – ignominieusement plaqué sur Israël – de la victime reproduisant le comportement de son bourreau, ou encore, pour reprendre une expression largement utilisée par les avocats d’Israël, une nazification du peuple juif.

Dans ce schéma, largement répandu depuis la seconde Intifada[27], aucun rappel du fait que la légitimité de la création de l’État d’Israël a été reconnue par l’Assemblée des Nations Unies, et que l’envenimement et le pourrissement de la situation des Palestiniens sont largement imputables à l’extrémisme de leurs dirigeants et à l’appui financier et politique apporté à tout ennemi d’Israël par de richissimes États arabes, à l’influence géopolitique considérable, déterminés à priver l’État juif de toute existence nationale indépendante, première étape d’une ré-arabisation, voire d’une réislamisation de la Palestine, à laquelle ces États n’ont jamais renoncé.

Les juifs s’interrogent sur le silence des chrétiens face à ce déni de justice – le vrai, pas celui que les médias ressassent, à grands coups de photos-choc et d’accusations relayées sans contrôle suffisant de leur bien-fondé –, qui met un peuple au pilori de l’opinion publique mondiale, sans qu’aucun de ses amis, ou peu s’en faut, ne se lève pour prendre sa défense.

Les chrétiens sont-ils à ce point dénués de sens critique et de discernement que pas un doute ne les effleure ? Se peut/span-il qu’ils croient aveuglément aux rapports, unilatéralement et systématiquement négatifs, que l’on diffuse massivement, de tout ce que fait ou ne fait pas ce peuple ? Ignorent-ils que le déferlement d’accusations, sans évocation de la moindre circonstance atténuante, est le signe patent d’un procès inique ? Ont-ils oublié que, dans les années 1930, la passivité chrétienne à l’égard des accusations antijuives et l’absence de dénonciation explicite des pires calomnies antisémites ont joué un rôle non négligeable dans l’absence quasi générale de réaction à la mise en œuvre de la Solution finale ?

À en croire l’adage populaire, « qui ne dit mot consent ». Est-il possible que les chrétiens, qui ont profondément regretté l’aveuglement de leurs aînés (5) et le tort incommensurable qu’il a causé à ce peuple, rééditent le processus en n’exerçant plus leur discernement que par médias interposés ? Se peut-il qu’ils entérinent tacitement les appels à la condamnation qui rendent inéluctables les exécutions subséquentes ?



Ni l’incarnation ni la Passion ne s’arrêtent au Christ

Il est pour le moins étrange que les fidèles d’une religion, dont la foi et la prédication reposent sur l’Incarnation, la mort et la résurrection d’un juif, butent sur le mystère du développement historique du dessein de Dieu au travers du peuple dont ce juif est issu.

Rares sont les Chrétiens qui ont tiré les conséquences de la fameuse phrase de Jésus : « Le salut vient des juifs » (Jn 4, 22). Et tous les efforts de certains biblistes pour en évacuer le mystère n’ont jamais réussi à convaincre ni le philosophe catholique Maritain, ni les chrétiens qui ont découvert, en lisant l’apôtre Paul, l’immutabilité de la vocation juive (cf. Rm 11, 2.28-29).

Des évêques de France furent les premiers à oser prendre au sérieux cette incarnation, dès 1973, en ces termes remarquables, déjà cités :

Il est actuellement plus que jamais difficile de porter un jugement théologique serein sur le mouvement de retour du peuple juif sur sa terre. En face de celui-ci, nous ne pouvons tout d’abord oublier, en tant que chrétiens, le don fait jadis par Dieu au peuple d’Israël d’une terre sur laquelle il a été appelé à se réunir (cf. Gn 12, 7; 26, 3-4; Is 43, 5-7; Jr 16, 15; So 3, 20) […]. C’est une question essentielle, devant laquelle se trouvent placés les chrétiens comme les juifs, de savoir si le rassemblement des dispersés du peuple juif, qui s’est opéré sous la contrainte des persécutions et par le jeu des forces politiques, sera finalement ou non, malgré tant de drames, une des voies de la justice de Dieu pour le peuple juif et, en même temps que pour lui, pour tous les peuples de la terre. Comment les chrétiens resteraient-ils indifférents à ce qui se décide actuellement sur cette terre[28]? 

Mais aucun membre de la hiérarchie chrétienne n’est allé aussi loin que le pape Jean-Paul II dans la prise en compte du réalisme de l’incarnation du plan de Dieu dans le peuple juif. En témoignent ces lignes :

À l’origine de ce petit peuple situé entre de grands empires de religion païenne qui l’emportent sur lui par l’éclat de leur culture, il y a le fait de l’élection divine. Ce peuple est convoqué et conduit par Dieu [...]. Son existence n’est donc pas un pur fait de nature ni de culture [...]. Elle est un fait surnaturel [...]. Les Écrituressont inséparables du peuple et de son histoire [...]. C’est pourquoi ceux qui considèrent le fait que Jésus fut juif et que son milieu était le monde juif comme de simples faits culturels contingents [...] non seulement méconnaissent le sens de l’histoire du salut, mais, plus radicalement, s’en prennent à la vérité elle-même de l’Incarnation et rendent impossible une conception authentique de l’inculturation[29].

Se peut-il qu’après des vues aussi fulgurantes sur l’incarnation historique du desseinde Dieu au travers du peuple juif, des chrétiens reprennent à leur compte les discours de diffamation et les incitations à la haine et au mépris envers le peuple juif, qui font à nouveau florès, et qu’ils feignent d’ignorer où cela peut mener ?

En effet, ni l’incarnation ni la Passion ne s’arrêtent au Christ. Que le lecteur comprenne.

Si les Chrétiens se taisent, les Écritures crieront

Comment oublier la leçon du nazisme ? Les antisémites commencent par tourner en dérision l’élection du peuple juif. Ensuite, ils le diffament de toutes les manières, lui imputent les tares et les vices les plus honteux, l’accusent de corrompre ou d’escroquer les non-juifs, de fomenter des complots, de viser à conquérir le monde et à éliminer ou asservir quiconque n’appartient pas à la race élue.

C’est la phase 1 du processus, caractérisée par la violence verbale. Si les réactions immunitaires des consciences ne fonctionnent pas, la phase 2 – le passage à l’acte violent – suit naturellement. C’est la glissade vers l’élimination des juifs, préalablement déshumanisés. P. Levi, É. Wiesel, A. Schwartzbart et d’autres ont écrit là-dessus des choses définitives.

Il semble que nous assistions aujourd’hui à l’acclimatation progressive, en Occident, d’une version moyen-orientale de la phase 1 des années 1930, durant laquelle « les témoins se taisaient »[30], alors qu’il était encore possible de dénoncer la diffamation et la violence antijuives.

Pourtant, Dieu a prévenu (Za 2, 12) : « Qui vous [les juifs] touche m’atteint à la prunelle de l’œil ! ».

Dieu merci, tous les chrétiens ne méritent pas la sévérité des analyses qui précèdent. Quelques-uns réagissent, çà et là, le plus souvent, hélas, avec un impact aussi mince que l’est leur audience.

Il en faudrait bien davantage pour faire pièce à l’immense campagne de diffamation en cours. C’est d’un sursaut aux dimensions de la chrétienté tout entière qu’a besoin le peuple auquel l’Église a exprimé ses regrets. Et cela passe par une prise au sérieux de prophéties telles que celle-ci :

Sur tes remparts, Jérusalem, j’ai posté des veilleurs, de jour et de nuit, jamais ils ne se tairont. Vous qui remémorez [tout] à l’Eternel, ne restez pas inactifs. Ne lui accordez pas de repos qu’il n’ait établi Jérusalem et fait d’elle une louange au milieu de la terre. » (Is 62, 6-7).


  1. Alessandro Duce, La Santa Sede et la questione ebraica (1933-1945) [Le Saint-Siège et la question juive…], Edizioni Studium, Roma, 2006, note 34, p. 254. Voir aussi Léon Papeleux, Les silences de Pie XII, op. cit., p. 112.
  2. Voir F. Mauriac, La vérité devenue folle, op. cit.
  3. R. Laurentin, L’Église et les juifs, op. cit.
  4. Ibid., p. 11.
  5. Ibid., p. 12.
  6. Ibid.
  7. M.-Th. Hoch et B. Dupuy, Les églises…, op. cit., p. 29.
  8. Ibid., p. 30.
  9. Ibid., p. 32
  10. Ibid., p. 36.
  11. Ibid., p. 38.
  12. Ibid., p. 39-41.
  13. Quelques autres eussent également été dignes de mention, en particulier ceux des Églises de Hollande et de France ; mais ils ne parlent pas de la Shoah, si ce n’est de façon allusive et stéréotypée, et surtout sans l’intensité pénitentielle qui caractérise les textes allemands.
  14. T. F. Stransky, « Deux pionniers : Le pape Jean XXIII et le cardinal Bea, le Secrétariat et les juifs », Revue du SIDIC, Numéro spécial consacré au Cardinal Bea, 1969.
  15. R. Laurentin, L’Église et les juifs, op. cit., p. 11-12.
  16. A. Bea, « L’architecte de Nostra Ætate », SIDIC, numéro spécial sur le Cardinal Bea, 1969.
  17. Ibid.
  18. Formule insolite, que je n’ai lue nulle part ailleurs. Elle est analogue à celle de Jean-Paul II ; « le peuple de Dieu de l’ancienne et de la nouvelle alliance », reprise par les Notes pour une présentation correcte des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Église catholique (www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=999), au 2e paragraphe, n° 10, avec cette différence notable, toutefois, qu’elle présente l’Église et le peuple juif comme deux élus !
  19. Ibid.
  20. Je cite d’après l’ouvrage, traduit de l’italien : Cardinal Bea, L’Église et le peuple juif, op. cit., p. 7.
  21. Cf. M.R. Macina, « Caducité ou irrévocabilité de la Première Alliance dans le Nouveau Testament. À propos de la formule de Mayence », Istina XLI, Paris, 1996, p. 347-400.
  22. Communion d’Églises Protestantes en Europe (CEPE) – Communion Ecclésiale de Leuenberg – Un recueil de textes sur la relation des Églises protestantes avec le Judaïsme, février 2009, Église et Israël I, 1, 1, 2
  23. Massini, Alain, « Approche historique du rapport entre juifs et protestants », sur le site de la Fédération protestante de France. Texte en ligne sur rivtsion
  24. M. Macina, Chrétiens et juifs depuis Vatican II, surtout p. 61 sq.
  25. Voir, à ce propos et entre de nombreux autres articles : « [D'un religieux blasphémateur :] Israël a fait taire ma prière, A. Longchamp, Jésuite ». Il n’est pas rare que l’interlocuteur se lance alors, avec agacement, voire hostilité, dans une diatribe curieusement calquée sur le discours médiatique ambiant. Il est très vite question de « condition tragique des Palestiniens » et de « disproportion » – variante : « brutalité » – des « représailles » israéliennes. Et si vous invoquez, le plus pacifiquement du monde, la nécessité où se trouve l’armée de défendre les citoyens de l’État juif contre des attaques terroristes, il n’est pas rare que votre contradicteur en minimise le caractère meurtrier, ou même les justifie comme étant des « actes désespérés » auxquels est « acculée » une population palestinienne « occupée », devenue « étrangère sur son propre sol », et dont c’est le seul moyen de défense contre une armée israélienne puissante, dotée de chars et d’avions. Il ressort de ces échanges – si l’on peut employer ce terme pour qualifier ce qui n’est, le plus souvent, qu’un chapelet d’accusations unilatérales –, que le « coupable » est l’État d’Israël et la « victime » indiscutable, le peuple palestinien[footnote]J’ai traité de ce thème dans mon précédent livre, M. Macina, Chrétiens et juifs depuis Vatican II, p. 310-322. On trouvera des liens à des articles qui illustrent cette tendance, sur mon site, dans l’article intitulé : « Diabolisation chrétienne d'Israël - Liens utiles ». Le document « Kairos-Palestine » – publié le 11 décembre 2009 par des chrétiens palestiniens de Bethléem, et distribué par le Conseil Mondial des Eglises – s’inscrit dans cette ligne ; voir « "Un moment de vérité", de Kairos Palestine, appel de dirigeants chrétiens pour que cesse ‘l’occupation’ de la Palestine » ; on peut en lire une critique chrétienne évangélique dans un document en date du 1er novembre 2010, intitulé « Le document "Kairos-Palestine" publié par un groupe de Chrétiens palestiniens.
  26. Je reproduis, ci-après, avec l’aimable autorisation de M. Waintrater, directeur de L’Arche, des extraits de mon article paru, sous le titre « Si les Chrétiens se taisent, les Écritures crieront », dans le n° 519 (mai 2001) de la revue, p. 34-38.
  27. Voir « "La guerre par le narratif", nouvelle forme de négationnisme historique », in M. Macina, Chrétiens et Juifs depuis Vatican II, p. 283-287. Voir surtout la somme quasi exhaustive de P.-A Taguieff, La Nouvelle propagande(89) antijuive. Du symbole al-Dura aux rumeurs de Gaza (PUF, 2010).  
  28. L’attitude des chrétiens à l’égard du judaïsme, Orientations Pastorales, IV/1 e.
  29. Discours du pape Jean-Paul II aux participants du Colloque sur « l’antijudaïsme en milieu chrétien » (30 oct. - 1er nov. 1997), alinéa 3 (en ligne : http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=1081). Les actes de ce colloque ont été publiés depuis, sous le titre : Radici dell'antigiudaismo in ambiente cristiano, Colloquio Intra-ecclesiale, Atti del simposio teologico-storico, Città del Vaticano, 30 ottobre - 1 novembre 1997, Libreria editrice vaticana, Città del Vaticano, 2000. 
  30. C’est le thème du livre de Wolfang Gerlach, Als die Zeugen schwiegen. Bekennende Kirche und die Juden [Tandis que les chrétiens se taisaient. L’Église confessante et les juifs], Institut Kirche und Judentum, Berlin 1993.

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